Remontée de file : Un syndicat policier prend position
Et contre le contrôle technique un peu aussi...
La Fédération Nationale a reçu copie d’un courrier adressé par le Secrétaire Général du Syndicat Indépendant de la Police Municipale SIPM-FPIP au Premier Ministre.
Si, par nos contacts fréquents avec les forces de l’ordre, nous savons que tous les gardiens de la paix et gendarmes ne partagent pas certaines des pratiques auxquelles ils sont contraints, il est assez rare de les voir s’exprimer officiellement pour les remettre en cause. Cela est certainement plus facile de la part d’un syndicat.
Voici donc l’intégralité de ce courrier à savourer comme un nectar :
SYNDICAT INDEPENDANT DE LA POLICE MUNICIPALE SIPM-FPIP
139 rue des Poissonniers - 75018 Paris
Philippe STEENS, Secrétaire GénéralA Monsieur François FILLON, Premier Ministre.
Paris le 11 septembre 2009
Monsieur le Premier Ministre,
Circulant il y a peu à moto sur l’autoroute A6 au niveau du PC de la police de l’Autoroute d’Arcueil (94), j’ai constaté qu’un gardien de la paix CRS interceptait un groupe de motocyclistes qui remontait les files de véhicules arrêtés par les bouchons. Si je précise que ces véhicules étaient à l’arrêt quasi complet c’est que le fonctionnaire de police, pour intercepter les motards, s’est placé au milieu de la chaussée, alors qu’il n’aurait pas pu se le permettre si les véhicules roulaient normalement pour des raisons évidentes de sécurité.
Intrigué par cette interception systématique et ne faisant pas partie des véhicules interceptés (car ayant eu la chance de ne pas me trouver à ce moment là entre les files), j’ai pris contact plus loin avec un motocycliste qui avait été verbalisé. Les motards - qui je l’affirme ne roulaient pas vite - semblent avoir été systématiquement verbalisés pour "dépassement de véhicule par la droite", infraction prévue et réprimée par l’article R 414-6 du Code de la Route, 90 euros en AF [1] minorée et 3 points de retraits.
Ayant été témoin des faits, je peux réellement affirmer que ces motards, certes remontaient la file de voitures quasi à l’arrêt, mais le faisaient dans des conditions de sécurité optimum : clignotants et phares allumés, à vitesse modérée. Il parait saugrenu de penser qu’un deux roues, qu’il s’agisse d’une moto, d’un scooter ou même d’un vélo... (Comme le chantait Joe Dassin : "A Paris à vélo on dépasse les autos"...) puisse rester des dizaines de kilomètres dans les bouchons de l’agglomération parisienne, derrière des automobiles ou des camions, sans remonter la file et au risque réel de se faire percuter, pris en sandwich par le véhicule qui le suit. Dans ces conditions autant carrément interdire la pratique du deux-roues sur la voie publique.
J’ai tenté de faire comprendre qu’il ne fallait pas en vouloir au policier de terrain, qu’ils avaient certainement des ordres mais cette verbalisation a été ressentie comme, je cite, " du racket " et n’a eu aucun effet pédagogique, les motards étant convaincus de n’avoir pas commis de réelle infraction et se disant qu’à ce rythme, il suffit d’être verbalisé 4 fois de suite pour voir leur permis invalidé sans motif sérieux.
Moi-même, je ne suis pas particulièrement tendre dans mon travail quotidien avec les comportements dangereux. Je n’hésite pas à verbaliser.
De même, je trouverais sain que des contrôles fréquents soient effectués sur les deux-roues afin de contrôler les assurances, les permis, l’état des pneus, les plaques d’immatriculation : ce serait bien plus efficace qu’un éventuel contrôle technique.
Mais ce que j’ai vu me laisse dubitatif : outre l’image très mauvaise qui rejaillit sur les forces de l’ordre en tenue (alors qu’ayant eu l’honneur d’effectuer une partie de mon service national au sein de la Police de l’Autoroute de la CRS 5, je peux témoigner que ces fonctionnaires font un travail difficile et sauvent quotidiennement des vies humaines), ceci ne peut qu’à terme desservir la politique de sécurité routière par le côté injuste de la sanction. Sur un simple plan économique, tous les professionnels conduisant des "motos-taxis" que l’on voit se développer en région parisienne vont à ce rythme perdre leur permis... Enfin, il me semble que les deux- roues sont une des solutions à l’engorgement des voies routières et qu’il ne faut pas dissuader les usagers de les utiliser. Il me semblerait bien plus logique, en tant que fonctionnaire de police et motard dans le civil, de légiférer simplement sur la pratique du "remonte file" par les deux-roues motorisés :
- Interdire de remonter les files de véhicules par les deux-roues motorisés lorsque la circulation est fluide (une moto n’a pas à remonter les files de voitures lorsque l’on peut avancer normalement).
- Verbaliser les motards qui feraient du "remonte file" à une vitesse excessive (et il y en a beaucoup qui arrivent même à faire peur aux autres motards !) non pas en relevant un contestable "dépassement par la droite" mais tout simplement en relevant l’infraction prévue par l’article R413-17 du CR [2] "Conduite d’un véhicule à une vitesse excessive eu égard aux circonstances", infraction parfaitement adaptée à mon sens à l’infraction commise...
- Tolérer le "remonte file" à vitesse modérée lorsque la circulation est pratiquement à l’arrêt et en donner instruction aux services de police.
Si je m’adresse à vous, Monsieur le Premier Ministre, en tant que syndicaliste, policier et usager de la route, c’est en votre qualité de chef du gouvernement, car je sais que vous êtes ouvert à la réforme et que cette question délicate concerne divers ministères.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de ma très respectueuse considération.

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